18:00| | Prières| Ion Karakash

Méditation sur ‘In
Monte Oliveti’ de J.Naujalis (1869-1934)

In Monte Oliveti ad patrem oravit…

Au Mont des Oliviers, Jésus implora son Père :

 Père, s’il est possible, que ce calice, cette coupe de souffrance s’éloigne de moi…

Certes, l’esprit est déterminé, mais la chair est fragile.

Veillez et priez, afin que vous n’entriez pas en tentation !

Père, s’il est possible, que ce calice s’éloigne de moi…

L’esprit est déterminé, mais la chair est fragile…

 

Après Roland de Lassus et Palestrina, après Schubert, Bruckner et quelques autres, le compositeur lithuanien Juozas Naujalis mettait en musique, il y a une centaine d’années, la prière de Jésus à Gethsémané, au pied du Mont des Oliviers.  

Les voix des choristes s’identifient à Jésus, à l’heure de son épreuve décisive au seuil de sa Passion,  - l’heure qui révèle, plus que toute autre, l’humanité du Fils de Dieu.

Dans une page qu’Emmanuel Rolland propose à notre méditation, Georges Haldas l’évoquait ainsi : ‘Par son angoisse et son effroi devant la mort, le Christ épouse la condition humaine. C’est cette apparente faiblesse en lui qui est sa force. Il ne manifeste pas (…) la stoïque sérénité d’un Socrate à la veille de boire la cigüe. Admirable, mais en quelque sorte élitaire. Alors que la suprême vertu du Christ est d’être, sous son apparente faiblesse - qui est en réalité sa force - en relation avec notre misère à tous et cette terreur que nous inspire le plus souvent la mort.’ (‘Le Christ à ciel ouvert’)

Mais les voix du chœur s’identifient aussi aux disciples de Jésus, Simon, Jacques et les autres, incapables de veiller ne fût-ce qu’une heure pour le soutenir de leur prière ;

 et à nous toutes et tous, enfin, tiraillés entre le vouloir et le faire, entre les nobles aspirations de notre esprit et les faiblesses de notre nature d’hommes, - entre l’ange et la bête, dirait Pascal, car nous sommes l’un et l’autre, faits de terre et de boue, mais imprégnés au plus profond de nous de l’image indélébile de Dieu, notre Père et notre Créateur…

Le récit de Jésus au Mont des Oliviers priant son Père de lui épargner, s’il est possible, la coupe amère des souffrances et la violence de ceux qui le condamnent souligne en vérité la double nature de Jésus : pleinement humain dans son angoisse et son effroi  et pleinement Fils de Dieu lorsqu’il s’en remet à la volonté de son Père, son dernier, mais silencieux, recours, alors que ses compagnons, à quelques pas de lui, s’abandonnent au sommeil… Les disciples sont ‘à distance d’un jet de pierre’, précise Luc dans son Evangile, - eux qui, à l’instar de Simon, tellement sûr de sa fidélité à toute épreuve, s’avèrent plutôt sables fuyants que rocs ou pierres fiables.  Jésus, pourtant, loin de leur en jeter la pierre, les réconforte et les remet debout : ‘Relevez-vous, allons : l’heure est venue ! Celui qui me livre arrive…’  N’est-ce pas pour eux aussi qu’il avait consenti à être là ?...

En vérité, à Gethsémané, ce n’était pas Judas qui donnait l’heure en livrant son Maître à ceux qui voulaient sa mort : c’était Jésus lui-même, faisant le dernier pas pour mener à son terme la mission que son Père lui avait destinée.  

Au Mont des Oliviers, ce n’étaient pas Judas ou Simon-Pierre ni Caïphe ou Pilate, mais bien Jésus qui décidait de l’Heure, - celle que son Père lui avait assignée pour qu’ainsi vienne enfin, pour les disciples  comme pour nous tous, humains, enfants aimés de Dieu, le Royaume qu’il n’avait cessé d’annoncer et d’attester en actes et en paroles...

Voilà pourquoi je trouve admirable qu’après l’appel à veiller et prier pour ne pas entrer en tentation, Naujalis ait choisi de conclure son œuvre en reprenant les paroles de Jésus à son Père (‘Père, s’il est possible, que ce calice, cette coupe des souffrances s’éloigne de moi…’), puis en réitérant l’aveu de la tension qui nous habite et nous tenaille tous : ‘L’esprit est bien disposé, mais la chair est fragile…’

Ce n’est pas par notre bonne volonté ni nos meilleurs résolutions ni notre discipline que nous surmonterons cette dualité innée de l’être humain, mais en la reconnaissant sans faux-fuyants et en nous remettant avec confiance à l’amour de notre Créateur et Père qui nous y a pleinement rejoints en Jésus et nous y accompagne, - lui qui veille sur nous sans jamais céder au sommeil...

Ion Karakash

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